Quid?

Ontologie analytique et herméneutique ?! Deux notions qui ont tout pour ne rien avoir en commun, encore moins de se voir partager le même espace de réflexion.

En effet, la philosophie analytique se veut expression de la tradition anglo-saxonne, et se réclame dans la démarche, le contenu et les finalités une autre manière et une manière autre de penser la philosophie à partir de la logique, du langage, des sciences expérimentales, de la psychologie, de l’informatique, de l’esprit comme « mind ». Héritière du Néo-positivisme, parler d’ontologie analytique peut devenir encore plus suspect… analyse « clarifiante » et clarificatrice des énoncés du langage, l’analyse aux dire de Peter Strawson, se veut une explicitation de tout ce qui concoure à notre conceptualisation.

L’herméneutique philosophique pour sa part, représente l’une des dernières-nées de la philosophie contemporaine. Pratique remontant à des noms comme Schleiermacher, Dilthey et Droysen, avant d’arriver à Heidegger et surtout Gadamer qui la fonde comme activité philosophique de l’interprétation et de la compréhension objective dans les sciences humaines.

Ontologie analytique et herméneutique : ayant le langage comme point commun, nous voulons dans cet espace de recherche penser les possibilités de lecture du lien entre langage et ontologie, pour explorer ce qui au-delà des différentes traditions philosophiques, pourrait donner lieu à de nouvelles expressions de la philosophie comme quête du sens existentiel.

Jogoo: herméneutique en philosophie africaine

Jogoo: Revue de philosophie et de culture africaine est un espace de recherche entièrement consacré à la philosophie africaine. Si pour l’herméneutique il ne fait aucun doute qu’elle est une pratique courante en Afrique, la question des traces de la philosophie analytique dans le contexte de la pensée africaine peut se poser autrement. Si la philosophie analytique s’est souvent présentée en opposition à la philosophie continentale proprement dite, celle de son rapport aux autres expressions de la philosophie s’est-elle déjà vraiment posée? Nous espérons en tout cas que Jogoo saura répondre à une telle question, même si son ambition ne se veut pas essentiellement de cet ordre.

Jogoo est la revue électronique semestrielle de philosophie africaine et de culture. Elle est hébergée dans le site web de “Philosophie africaine. Débats et questions”www.philoafricaine.com. . Il s’agit d’un espace de réflexion interdisciplinaire autour de l’Afrique, sur une base philosophique et portant sur des questions de l’Homme.

Le mot « Jogoo » nous vient du Swahili (langue bantoue la plus parlée des langues africaines), et est utilisé pour designer le “coq”.

Le coq est une image bien significative en philosophie africaine contemporaine. Elle nous vient des journées philosophiques organisées par le Département de philosophie de Lubumbashi (Est de la République Démocratique du Congo) au sujet de l’enseignement secondaire et universitaire de la philosophie. En effet, c’est dans la périphérie de Lubumbashi, précisément au Monastère de Kiswishi, du 1er au 4 juin 1973, que les étudiants de deuxième Licence (actuel Master dans le système belge en vigueur dans le pays) de ce Département s’interrogent sur le type de philosophie qu’il convient d’enseigner au Zaïre d’alors, dans une Afrique en pleine mutation. C’est ainsi que les étudiants Botolo et Ngangura vont au nom de leurs camarades, proposer la philosophie fonctionnelle (« De l’enseignement de la philosophie au Zaïre ou prélude à la philosophie vitale», Cahiers Philosophiques Africains 3-4 (1976), 51-61 ; débat pp. 171-174).

 

Voulant prendre le contre pied de la pensée occidentale dont le symbole de la pensée philosophique est la chouette, faisant ainsi une « philosophie crépusculaire qui s’élève sur les fatigues et les ombres de la nuit », une méta-activité. Les latins avaient déjà cette boutade de mise en garde contre l’inutilité jugée de la philosophie : vivre d’abord, philosopher ensuite. C’est ainsi que ces étudiants vont proposer un éveil à la philosophie « gallinaire », ayant pour symbole le coq. C’est une philosophie vitale (non pas au sens de Tempels ni à celui de l’existentialisme) c’est-à-dire en quête d’action concrète. Elle se veut réponse concrète aux besoins de l’Africain. Son souci n’est pas de proposer une morale, une idéologie, une historiographie ou une religion. Elle est chacune de ces dimensions. Elle devient dès lors un évènement, un vécu, un engagement social, une histoire et c’est en tout cela qu’elle est vitale. C’est donc une philosophie qui se lève très tôt matin avec l’homme qui va aux champs, avec l’ouvrier qui va au travail, avec la femme qui s’en va au marché, avec l’enfant en route pour l’école.

Le coq est ainsi l’animal qui nous réveille le matin, celui qui annonce l’avènement d’un jour nouveau. C’est lui qui nous rend présent à l’esprit que notre marche avec le temps va inexorablement vers l’anéantissement de tous les instants. Le coq représente aussi la fécondité, car à lui seul dans une basse court, peut féconder toutes les poules dans un continuel cycle de la vie.

C’est donc pour marquer cette dimension fonctionnelle de la philosophie africaine, que nous voulons mettre en valeur cette image du coq dans l’orientation de cette revue, qui voudrait résonner comme un instrument d’éveil des consciences par le moyen de la philosophie.

« Vivre, c’est être longtemps malade : je dois un coq à Esculape libérateur. » Socrate buvant la ciguë.

Pour son premier numéro, Jogoo se propose de (re)prendre la question philosophique dans son point de départ à travers sa « reprise » anthropologique, à partir de la question « qu’est-ce que l’homme », intuitionnée par Socrate et formulée par Kant. Dans un contexte culturel « marqué », la question peut alors devenir quelle philosophie africaine pour quel Africain, ou alors quel Africain pour quelle philosophie africaine…

 

Métaphysique descriptive et herméneutique

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« La métaphysique descriptive suppose l’existence d’une ontologie, sous-jacente à la perception et au langage, ontologie qu’il suffit d’expliciter », Frédéric Nef, Les propriétés des choses, Expérience et logique.

« L’herméneutique peut se définir comme l’art de comprendre et d’interpréter. Cette définition, la plus généralement reçue aujourd’hui, demande à être elle-même comprise et interprétée ». Friedrich Schleiermacher, Herméneutique.

George Edward MOORE, aux sources de la philosophie anlytique

Né le 4 novembre 1873 et mort le 24 octobre 1958, G. E. Moore est contemporain de Russell et de Mc Taggart, qui l’ont détourné de ses études en littérature classique pour l’intéresser à la philosophie. On peut ainsi comprendre pourquoi il s’est particulièrement intéressé à l’épistémologie, à la philosophie du langage, plus précisément de la philosophie analytique. Ce qui fait davantage la notoriété de Moore, c’est sa contribution à l’éthique, avec son ouvrage majeur Principia ethica. Après avoir enseigné à Cambridge où il a été détenteur de la Chaire de logique et de « mental philosophy » entre 1925 et 1939, il poursuit sa carrière universitaire aux Etats-Unis. Il fut directeur de la revue Mind de 1921 à 1947.

« L’œuvre de George Edward Moore compte au nombre de ces œuvres philosophiques dont le classicisme de forme et de méthode n’exclut pas la radicalité du projet. L’essayiste Paul Johnson, dans son histoire du monde moderne, avait cherché du côté de Moore et du cercle des « Apôtres » de l’université de Cambridge l’une des sources essentielles des bouleversements dans les mœurs et dans la manière de considérer la morale dans le monde occidental au XXe siècle (A History of the Modern World, Londres, Weidenfeld & Nicolson, 1984). Mais au-delà de l’intérêt historique de l’ouvrage, relire son chef-d’œuvre, Principia Ethica, quelque cent ans après sa publication en 1903, c’est surtout reprendre par soi-même l’examen d’une tentative radicale de révision et de refondation en philosophie morale.

La première question qui se pose, la plus évidente si l’on veut, est assurément celle de l’objectivité du jugement moral. À quel type de validité puis-je prétendre si je dis qu’Hitler se montrait, dans son action politique, méchant homme ? S’agit-il d’une objectivité inscrite dans des « faits moraux », voire des faits du monde de la nature et de l’expérience, ou bien d’une objectivité d’un type spécial, propre à la normativité ou à notre rapport à la normativité ? À une époque où les tendances dominantes en philosophie affectaient de se désintéresser de la teneur même des jugements moraux, la question de l’objectivité demeurait posée d’une certaine façon, et Moore passait pour en avoir précisé la nature et la portée d’une manière décisive. Aux belles heures de la « métaéthique

», il demeurait possible d’approcher par le biais de la structure du langage moral, ou par la voie de la discussion des rapports entre morale et biologie, de s’intéresser au type de rapport qu’entretiennent le jugement moral et l’argumentation morale avec l’objectivité d’un type ou l’autre. La philosophie morale de notre temps n’est certes plus confinée dans ce type de problématique. »

E. PICAVET et S. LAUGIER, « Connaissance, nature, sens commun : G.E. Moore », in Revue de métaphysique et de morale, Paris, PUF, n° 51, 2006/3, p. 281.

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« l’être est, et le non être n’est pas. »

« Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? »

De cette affirmation de Parménide et de cette questions de Leibniz, se fait une affirmation et une question sur fond d’affirmation:

Ontologie et/ou vacuité.